Ce titre, ce fameux trophée du Grand Chelem qui lui faisait briller les yeux à sa simple évocation, Amélie Mauresmo, 26 ans, l'a enfin décroché. Après avoir connu maintes désillusions ces dernières années sur le long parcours qui mène à la consécration et sept ans après avoir perdu à Melbourne sa seule finale de Grand Chelem (avant celle de samedi) contre Martina Hingis, la Française a atteint son but ultime. Ces derniers jours, la protégée de Loïc Courteau, qui avait vu son physique la lâcher notamment à Melbourne l'an passé en quart de finale contre Serena Williams, répétait que c'était à son tour d'être "chanceuse".
Après l'abandon de Michaella Krajicek (6-2, abandon) et le jet de l'éponge de Kim Clijsters, blessée après avoir chuté en demi-finale (5-7, 6-2, 3-2, abandon), Mauresmo a vécu encore une fois un match se terminant en queue de poisson. Malade et se plaignant de maux de ventre, Justine Henin-Hardenne se trouvait
dans l'incapacité de défendre véritablement ses chances dans cette finale qui s'annonçait pourtant comme un véritable choc. L'image était poignante, quand après avoir signifié à l'arbitre qu'elle ne pouvait plus continuer, la Belge cachait son visage dans sa serviette. Affaiblie physiquement, prostrée sur sa chaise et les larmes aux yeux, la Wallonne ne parvenait pas à dissimuler sa terrible déception.
Drôle de scénario pour Améllie Mauresmo, qui a eu l'élégance de contenir sa joie malgré le bonheur immense qu'elle ressentait. Gênée par la situation, elle adressait tout de même un sourire à son clan, avant d'aller saluer la foule.
"Cela fait si longtemps que j'attends !"
Quelques instants plus tard, la Française s'asseyait à côté d'Henin pour échanger quelques mots, avant la remise des trophées. Emue, Mauresmo s'adressait ensuite au public pour livrer ses premières impressions: "C'est décevant pour tout le monde que ça se termine comme ça. J'espère que Justine va se rétablir rapidement", déclara-t-elle. "Cela fait si longtemps que j'attends, et je ne sais pas quoi dire... Je remercie tous les gens qui ont toujours cru en moi, qui m'ont poussée même quand j'étais au plus bas. Nous avons trouvé le moyen d'y arriver, nous allons alors essayer de continuer sur cette voie. "
Une voie qui la mène aujourd'hui tout près du sommet mondial, puisqu'elle apparaîtra au deuxième rang du classement WTA, lundi prochain, derrière la nouvelle numéro 1 Kim Clijsters. Et au vu de son match réalisé aujourd'hui, malgré les ennuis d'Henin, ce premier titre pourrait être suivi par d'autres sacres. Car au-delà de l'abandon de la Belge, il faut retenir la grande qualité de jeu déployée par Mauresmo dans cette finale.
Dans des conditions indoor, le toit étant fermé en raison de la pluie, la numéro 1 française démarrait la partie pied au plancher. Au service, elle livrait un excellent premier jeu de service, profitant de trois fautes directes en coup droit de Justine Henin-Hardenne. Cette dernière, moins en jambes que la Française en début de rencontre, subissait le rythme. Loin de sa ligne, la Belge cédait sa mise en jeu sur un lob distillé avec beaucoup de maîtrise.
Nerveuse, cherchant son rythme, la lauréate de Roland-Garros dut attendre le troisième jeu pour voir Mauresmo faire une faute directe. La protégée de Loïc Courteau, autoritaire dans l'échange et très lucide, se détachait 3-0, alors que la Belge montrait quelques signes d'énervement. Pour ajouter à son agacement, la réussite n'était pas de son côté. Maîtresse sur le court, la Française s'offrait un double break pour mener 4 jeux à 0...
Henin: "Je me sentais tellement mal..."
S'appuyant sur une excellente longueur de balle, la lauréate du Masters interdisait à la Belge de prendre la moindre décision. Elle sauvait même une balle de break sur un excellent premier service pour mener 5-0 après 25 minutes de jeu !
Irrésistible, Mauresmo continuait sa démonstration en affichant une impressionnante couverture de terrain. Lâchée par son service, Henin-Hardenne, le regard angoissé, tentait de sortir la tête de l'eau. Malgré tout, elle marquait son premier jeu pour revenir à 5-1.
Sans broncher, Mauresmo continuait son travail de sape, avec des premières-secondes balles au service parfaitement placées. Toujours aussi lucide et développant une tactique très au point, la Tricolore s'offrait logiquement la première manche sur une énième faute de coup droit de la Wallonne (6-1).
Cette dernière, toujours pas dans le match, lâchait une nouvelle fois son engagement en début de deuxième set. Loin de sa ligne, Henin-Hardenne ne parvenait pas à donner la pleine mesure de son talent. Désemparée, alors que son coach Carlos Rodriguez, le visage crispé, ne desserrait pas les mâchoires, la Belge tentait de retrouver son calme. Mais, il n'y avait rien à faire à ce moment-là face à une Mauresmo concentrée sur son sujet. Quadrillant le court, la numéro 3 mondiale enchaînait les accélérations et les montées au filet judicieuses pour confirmer son break. 6-1, 2-0...
Le souffle court, manifestement pas dans son assiette, la Belge faisait alors appel au kiné, désignant son ventre... Le visage blême, elle revenait sur le court pour définitivement arrêter deux points plus tard (à 0-30 sur son engagement) après 52 minutes de jeu. "Je me sentais tellement mal que je ne pouvais pas rester sur le court plus longtemps. Je félicite Amélie qui a attendu si longtemps pour gagner un titre du Grand Chelem", a-t-elle expliqué. Alors qu'elle ne s'était jamais aussi bien sentie lors de sa demi-finale remportée contre Sharapova, la Belge, victorieuse à Melbourne en 2004, voyait son rêve de remporter une cinquième couronne majeure s'écrouler, offrant ainsi sur un plateau le sacre à Mauresmo. Cette dernière, qui aurait préféré à n'en pas douter s'imposer à la régulière, peut néanmoins savourer pleinement son bonheur, après avoir enfin atteint son Graal.